Agriculture industrielle : l’impasse

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Un modèle dépassé

Le modèle agricole dominant a été mis en place dans les années 50 alors que la France souhaitait rattraper son retard d’après-guerre. Il est fondé sur une agriculture très mécanisée, gourmande en intrants chimiques et axée sur la monoculture et les grandes parcelles. Ses maîtres mots sont : productivisme et rentabilité. Mais à quel prix ?

Addiction aux pesticides

Les pesticides sont au cœur du modèle : ils permettent de produire plus, dans un temps réduit, avec moins de main-d’œuvre. Mais ils enclenchent aussi un terrible cercle vicieux : plus de pesticides, c’est plus de rendement à court terme mais une terre de moins en moins fertile, un écosystème déséquilibré et donc… un recours accru aux engrais et aux pesticides !

Résultats ? La France est le 1er pays consommateur de pesticides en Europe et le 3ème au monde et les conséquences environnementales et sanitaires sont effroyables : destruction de la flore et de la faune (dont les abeilles), pollution des sols et de l’eau, mutation des cibles des pesticides (insectes, mauvaises herbes…), maladies professionnelles chez les agriculteurs, maladies chroniques chez les riverains…

OGM, toujours d’actualité

Les OGM sont la quintessence de cette vision productiviste et industrielle du modèle agricole actuel. Ils sont source de pollution génétique, menacent la biodiversité et ne remplissent pas les objectifs qui leur sont officiellement assignés. Ils existent en effet depuis bientôt trente ans et n’ont ni résolu le problème de la faim dans le monde, ni démontré leur valeur ajoutée en termes de rendement.

Par contre, ils standardisent l’agriculture au profit de firmes multinationales, (comme Monsanto), et posent la question de la brevetabilité du vivant et du droit des agriculteurs de vivre de leur métier et d’utiliser leurs propres semences.

La culture des dérèglements climatiques

L’utilisation excessive d’engrais chimiques et de pétrole dans l’agriculture industrielle contribue aussi grandement aux changements climatiques. En effet, ce modèle agricole est responsable de 14% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit presque l’ensemble des transports mondiaux !

Perte de biodiversité et de savoir-faire

De plus, l’agriculture industrielle favorise la monoculture entraînant l’appauvrissement de la biodiversité, la destruction d’écosystèmes naturels et complexes et la disparition des abeilles et autres insectes pollinisateurs qui pollinisent 2/3 de nos cultures.

La mécanisation, l’agrandissement des parcelles et les produits phytosanitaires ont aussi changé le métier de paysan. Nous sommes passés d’une agriculture familiale à une agriculture industrielle monoculturale, dépendante des industries agrochimiques et à la main-d’œuvre de moins en moins nombreuse (les agriculteurs ne représentent que 3% de la population active française).

En résumé : des conséquences catastrophiques

Pollution de l’air et de l’eau, appauvrissement des sols, perte de la biodiversité, produits alimentaires de piètre qualité, voire toxiques, insécurité alimentaire, émission de gaz à effet de serre, déclin des abeilles, prix de plus en plus élevés, perte d’autonomie et disparition des agriculteurs… Ce modèle a montré ses limites et ne sera plus capable de nourrir correctement l’Humanité dans les décennies à venir. Mais, des solutions existent !

  • Agriculture écologique : l’avenir
  • Les principes de l’agro écologie
  • L’agriculture écologique, seule à garantir des pratiques agricoles saines et une alimentation de qualité aujourd’hui et pour les générations à venir, s’appuie sur les principes de l’agro écologie, une science qui étudie les processus écologiques dans le système agricole. Ce sont donc des pratiques durables qui respectent et utilisent l’environnement, tout en permettant de faire face aux dérèglements climatiques.
  • Sans intrants chimiques et moins d’énergies fossiles
  • Cette agriculture repose sur la biodiversité, sur la protection des sols, des eaux et du climat et ne contamine pas l’environnement avec des produits chimiques (pesticides, engrais) ou des OGM. Avec l’agriculture écologique, les agriculteurs sont maîtres de leurs productions, hors du contrôle des multinationales.
  • L’usage du pétrole est également réduit. La production étant distribuée localement, le transport des marchandises est en baisse. La consommation de produits de saison évite également les serres chauffées et les importations, toutes deux gourmandes en énergies fossiles. Sans oublier les intrants chimiques produits avec du pétrole qui sont bannis !
  • Premier pas essentiel : sauver les abeilles
  • Les abeilles (et autres insectes pollinisateurs), à l’origine de 35% de notre alimentation, sont menacées par cette agriculture industrielle. C’est pourquoi, il faut une mesure contraignante d’interdiction des pesticides chimiques les plus dangereux pour les abeilles. Il s’agit de l’imidaclopride, du thiaméthoxame, de la clothianidine, du fipronil, du chlorpyriphos, de la cyperméthrine et de la deltaméthrine. Il faut également favoriser la biodiversité et le maintien des écosystèmes naturels dont les insectes pollinisateurs ont besoin pour vivre.
  • Pertinence écologique, économique et sociale
  • Des études menées en Europe, Afrique, Asie et Amérique démontrent que l’agriculture écologique est plus rentable pour les agriculteurs. Les méthodes modernes d’agro écologie sur lesquelles elle s’appuie permettent d’augmenter les rendements de production : en 10 ans, elle est capable de les doubler.
  • L’efficacité économique provient également de l’utilisation d’engrais naturels, disponibles localement et de la lutte biologique contre les ravageurs. Cela réduit les dépenses en intrants chimiques de synthèse qui non seulement sont chers mais en plus polluent.
  • Guérir la terre
  • Bien entendu, cette métamorphose complète du modèle agricole implique de profondes modifications d’autres aspects de la société : modèles de consommation, échanges commerciaux, partage des connaissances, technologies de transformation et de stockage des aliments…
  • Des résultats durables se feront sentir dans le temps : les nappes phréatiques, les arbres, les bassins d’écosystèmes se transformeront au fur et à mesure et les sols retrouveront leur fertilité.
  • Nourrir le monde
  • 2,6 milliards de petits agriculteurs produisent déjà la majorité des aliments dans le monde. Dans les pays en développement, l’agriculture écologique peut produire jusqu’à 80% de plus à l’hectare. C’est la seule qui sera capable d’ici à 2050 de nourrir toute la population mondiale en installant partout où cela est nécessaire des petites fermes locales très productives.
  • Les produits issus d’une agriculture écologique ont meilleur goût et sont meilleurs pour la santé. Une étude californienne récente montre que les fraises issues de l’agriculture biologique ont un goût plus sucré que leurs équivalents cultivés avec des produits chimiques. La variété biologique contient également 10% d’antioxydants en plus, qui sont connus pour protéger contre les maladies.
  • Ce que nous faisons

La nécessaire métamorphose

CFC soutient l’agriculture écologique qui repose sur la biodiversité, la protection des sols, des eaux et du climat et ne contamine pas l’environnement avec des produits chimiques ou des OGM. Elle est la seule à garantir une alimentation saine, aujourd’hui et demain.

  • Il faut agir : dès maintenant et sur le long terme !
  • Les abeilles sont essentielles : des mesures d’urgence doivent être prises pour stopper leur disparition. L’Union européenne doit agir immédiatement afin d’interdire durablement l’ensemble des pesticides les plus destructeurs pour les abeilles.
  • Contrairement à l’agriculture industrielle, l’agriculture écologique n’utilise pas de pesticides chimiques. L’élimination des mauvaises herbes se fait naturellement ou mécaniquement, la biodiversité est la norme. L’agriculture écologique utilise la diversification des cultures et la biodiversité comme outils pour combattre les insectes nuisibles.
  • Il est également nécessaire de mettre en œuvre des mesures de promotion de la biodiversité sur les terres agricoles et de protection et de restauration des écosystèmes pour préserver l’environnement dont les abeilles et autres pollinisateurs ont besoin pour vivre. 
  • Notre modèle agricole actuel, basé sur une utilisation intensive de produits chimiques, met l’écosystème et les abeilles en péril, compromettant ainsi l’approvisionnement alimentaire européen. Des données scientifiques indiscutables, rassemblées dans ce rapport, montrent que les néonicotinoïdes et d’autres pesticides contribuent considérablement à l’effondrement des colonies d’abeilles. Par conséquent, les dirigeants politiques européens doivent :
  • Interdire la culture des OGM
  • Interdire l’utilisation des pesticides nocifs pour les abeilles, en commençant par les substances les plus dangereuses actuellement autorisées en Europe, c’est-à-dire les sept pesticides prioritaires identifiés: l’imidaclopride, le thiaméthoxame, la clothianidine, le fipronil, le chlorpyriphos, la cyperméthrine et la deltaméthrine.
  • Soutenir et promouvoir les pratiques agricoles qui favorisent les services de pollinisation au sein des systèmes agricoles, en mettant en place des programmes d’action à l’échelle nationale (par exemple : établissement de surfaces d’intérêt écologique dans les exploitations, adoption de systèmes de rotation des cultures et de méthodes agricoles biologiques).
  • Améliorer la conservation des habitats naturels et semi naturels au sein et autour des paysages agricoles, et renforcer la biodiversité sur les exploitations.
  • Augmenter les crédits en faveur de la recherche, du développement et de l’application de pratiques agricoles écologiques pour que nous abandonnions les méthodes chimiques de contrôle des parasites au profit de pratiques basées sur la biodiversité, qui renforcent la santé des écosystèmes. Les responsables politiques européens doivent veiller à ce que davantage de subventions soient accordées à la recherche sur des alternatives agricoles écologiques dans le cadre de la PAC (sous la forme des « paiements directs ») et du programme de recherche européen Horizon 2020.